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Mes parents sont décédés en l’espace d’un an et demi l’un de l’autre

Par Mairlyn Smith, blogueuse invitée

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Le deuil, c’est comme un géant trou noir. Un trou dans lequel vous ne cessez de sombrer. Vous en sortez et, aussi vite, vous y sombrez de nouveau. Ce cycle se répète continuellement. Même si vous connaissez l’existence de ce trou, vous ne pouvez pas vous empêcher d’y sombrer. 

Mes parents sont décédés en l’espace d’un an et demi. Le deuil m’a catapultée dans un trou géant. J’ai appris, avec le temps, à éviter d’y sombrer. Je reconnais le trou géant qui se trouve devant moi, mais j’ai appris à le contourner. 

Le mois d’octobre marque le premier anniversaire du décès de ma mère.

C’est drôle, mais avant le décès de mes parents, je me demandais toujours pourquoi les gens soulignaient le décès d’un proche avant autant de vénération, comme on souligne les anniversaires de naissance. Maintenant, je comprends. Le rite visant à souligner le jour où une personne a quitté la Terre est aussi important que celui de souligner leur arrivée.

Je commençais juste à m’habituer à l’absence de mon père quand on a annoncé à ma mère qu’elle n’avait que trois mois à vivre. Naïvement, j’ai pensé que, si j’avais pu surmonter le décès de mon père, je serais en mesure de passer à travers. Naïvement est le mot d’ordre ici. J’ai présumé que tous les décès étaient équivalents. Ce que j’ai appris, c’est que personne ne meurt de la même façon, car tout le monde est différent. Mon père s’est éteint paisiblement, alors que ma mère a ragé contre sa mort imminente. La mort de ma mère a été tellement différente de celle de mon père qu’elle m’a profondément ébranlée. J’aurais aimé que quelqu’un me le dise. Pas que cela m’aurait entièrement préparée à y faire face, mais cela aurait pu rendre l’expérience moins effrayante. 

J’étais avec chacun de mes parents lors de leur passage à l’au-delà. Juste moi et mon père, et puis juste moi et ma mère. J’ai choisi de rester à leur chevet pour qu’ils ne décèdent pas tout seul. C’était un honneur pour moi d’être à leurs côtés quand ils ont poussé leur dernier soupir, mais, pour être bien honnête, le souvenir m’a hantée pendant plusieurs mois. Il m’a fallu beaucoup de temps avant de pouvoir remplacer cette triste image par des souvenirs heureux, par des souvenirs qui ne me démolissaient pas. Je me remémore maintenant les moments de rire et d’amour, et non le moment de la mort. Je choisir de me souvenir des moments heureux. Ça aide.  

Les gens m’ont dit que ma vie changerait à tout jamais après le décès de mes parents. Ils avaient raison.

Je suis beaucoup plus introspective et beaucoup plus compatissante qu’avant, et je ressens les émotions beaucoup plus vivement. Je vois la vie à travers le filtre de la mort. Ce filtre peut être joyeux ou triste, selon le moment de la journée ou la pensée aléatoire qui me traverse l’esprit. Mais je vois le monde différemment, et c’est bien comme ça. Je crois que mon parcours de deuil a fait de moi une personne meilleure. 

J’ai appris que le deuil est un parcours individuel pour tout le monde. Nous pleurons différemment, nous affrontons les situations différemment, nous vivons notre deuil différemment. Et il n’y a rien de mal à cela. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre un deuil. Tout le monde le fait à sa façon. 

J’ai appris qu’il y avait un moment où j’ai su, au plus profond de mon âme, que si je ne levais pas du divan et allais marcher, je resterais peut-être clouée à mon divan à tout jamais. Je savais que la dépression est insidieuse et qu’elle peut vous frapper sournoisement pendant le deuil. J’ai choisi de me lever du divan et d’aller marcher ce jour-là et je me suis forcée de le faire pendant plusieurs mois, jusqu’à ce que cela devienne de nouveau une habitude. Si vous ne pouvez pas vous lever du divan, obtenez de l’aide professionnelle. Pour moi, le fait de parler à un conseiller en deuil  après le décès de mon père a été un cadeau que je me suis offert. 

J’ai appris que nous n’oublierons jamais les personnes qui nous ont quittés; elles vont toujours nous manquer. On ne surmonte jamais le décès d’une personne, mais on s’y habitue. Si vous n’êtes pas en mesure de le faire, il y a des gens qui peuvent vous aider. Faites appel à vos parents et amis  et, au besoin, à des personnes au-delà de ce réseau.

J’ai aussi appris que la majorité des gens ont peur de parler du décès. Ils ne savent pas quoi dire et, la plupart du temps, ils craignent de vous bouleverser. 

Soyez la personne qui brise la glace. 

Montrez-leur comment vous désirez vivre votre deuil, puis faites-le. Ne bousculez pas le processus ou ne chargez pas votre horaire au point de ne pas prendre le temps de vivre votre deuil. Ressentez pleinement votre douleur. Je crois que c’est seulement en acceptant l’obscurité de la douleur qu’on peut enfin entrevoir la lumière, parce que lumière il y a. Elle est vive et éclatante et elle ne brille peut-être pas de la même façon qu’avant, mais elle est quand même là pour éclairer votre parcours. 

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